"En cité, le Carême est compris par les musulmans"

Publié le par Alexandre Patriac

Dans une série d'entretiens réalisés pendant le Carême le quotidien La Croix a réservé quelques colonnes à Cyril Tisserand, éducateur en cité, membre de la communauté de l’Emmanuel et fondateur de l'association Le Rocher (Bondy, Toulon, Lyon et Marseilles). Il a livré un beau témoignage sur la façon de vivre le Carême dans un milieu où l'islam est très présent.
Nous avons retenu quelques passages.


Interrogé sur le sens du Carême Cyril Tisserand souligne le fait que ce moment privilégié l'invite à une réflexion sur la conversion et lui permet de voir ce qu' il peut convertir dans sa vie : " Quand on regarde les textes de la liturgie quotidienne, il y a eu par exemple deux jours de suite où l’Évangile parlait du service. Cela doit nous interpeller : comment se mettre au service ? Comment devenir « l’esclave de l’autre » (Mt 20), comme le dit l’Évangile dans une phrase très forte ? Tout cela doit nous bousculer autant dans notre vie fraternelle en équipe que dans le quartier."

Invité à faire le rapprochement avec le "peuple des cités" qu'il rencontre quotidiennement (il y habite) "l'éducateur des rues" nous invite à ne pas oublier que, dans les cités, il y a beaucoup de pauvres : "On parle beaucoup des jeunes, de la délinquance, mais on oublie le quart-monde : tous les gens isolés, seuls, dépressifs. Il y en a plein les tours ! Dans ces populations très fragilisées, on compte nombre de Français de souche.

Or, beaucoup d’entre eux, malades, ne viennent plus à la messe. Pendant le Carême, beaucoup nous redemandent une présence, ceux qui sont malades nous appellent pour recevoir l’Eucharistie. Il y a à avoir une attention particulière aux pauvres."

Le fondateur du Rocher nous explique que le dialogue entre ces jeunes d'origine musulmane et des chrétiens engagés est très fructueux car il y a une grande ignorance de notre foi. Pour beaucoup un chrétien est un français de souche, un occidental, qui pratique peu...
" Quand j’ai commencé à travailler en banlieue, les jeunes se moquaient un peu : « Pour vous les chrétiens, c’est quoi le Carême ? Les œufs de Pâques ? » Même chose à Noël : pour les jeunes musulmans, c’est la fête où les chrétiens vont faire leurs courses à Carrefour ! Rien que là, on peut être témoin. Puisqu’on parle beaucoup du Ramadan – et ils nous en parlent beaucoup ! –, nous aussi on doit pouvoir expliquer ce qu’est le Carême.

Souvent, d’ailleurs, ce sont eux qui nous interrogent : « Mais, finalement, ce n’est pas très dur, votre Carême ! Alors que nous, le Ramadan, c’est dur, surtout l’été quand il fait chaud. » Du coup, cela me donne une occasion de réfléchir à ce qu’est vraiment le Carême pour moi. Et, finalement, de décider de faire un « vrai » Carême :
je dois leur expliquer en effet que le but n’est pas de me priver, mais d’essayer de mieux connaître Jésus, de faire un pas supplémentaire dans ma vie spirituelle.

Du coup, je vais choisir un effort qui va vraiment me permettre de faire ce pas, qui va réellement m’aider. Ce qui est intéressant, c’est que cela leur pose vraiment question et qu’ils se rendent compte, pour leur part, qu’ils vivent le Ramadan de façon culturelle. Et, à leur tour, ils s’interrogent sur une façon de le vivre de manière plus spirituelle.

Je suis très touché par le fait que la cité est un des rares lieux où Dieu n’est pas tabou. Dieu est présent en cité. On peut en parler librement. Dans le quotidien, on entend facilement « Inch’Allah », et ce n’est pas qu’une expression ! Une fois, pendant le Ramadan, en jouant au baby-foot avec des jeunes, on a commencé à discuter et ils nous ont interrogés sur notre façon de prier. On a récité le Notre Père. C’est vraiment parti du quotidien. Ailleurs
, les gens se brident sur ce sujet. Pas en cité.

Le Carême est un temps qui est compris car, d’une certaine façon, eux aussi vivent un « carême » avec le Ramadan. Cela nous rapproche et les touche, car les musulmans respectent beaucoup le croyant. Comme Dieu est présent et pas tabou, ils comprennent que ce n’est pas un temps négatif, mais constructif avec Dieu.

Cela les interpelle. Ils nous disent « Ah bon ? Je savais pas du tout que les chrétiens faisaient cela ! » Et cela nous donne une occasion d’expliquer. Car il y a une forte ignorance de notre foi. "

Publié dans Témoignages

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