Aimer, jusqu'où ?

Publié le par CCIT

La foi chrétienne prend souvent le contre pied d’évidences, mais avec l’amour des ennemis, elle pousse très loin ! Elle propose tout le contraire d’une vie sensée, bien menée où on réfléchit à tout ce qu’on peut tirer de ses relations avec autrui. Avec ce commandement, Jésus fait prendre conscience de la vie dans un monde où tout est calculé, puis réaliser que l’amour et l’amitié ne sont jamais le fruit d’un programme. Par eux, on peut se risquer à un lâcher prise, à une aventure avec un autre. croix.jpg
Là où il y a le mal, l’adversité, la blessure insurmontable, le chrétien est appelé à mettre en jeu son intelligence et sa bienveillance. Il cherche en lui ce qui peut créer un pont éventuel, un lien avec l’autre. Dans l’Evangile, l’ennemi est celui qui nie l’amour comme loi du monde, qui sème la zizanie, qui refuse la justice et la vérité. Aimer ses ennemis est un engagement à la fois personnel et communautaire qui lutte contre ce positionnement. L’amour des ennemis ne consiste pas à éprouver des sentiments de sympathie envers eux, mais à réfléchir comment pourrait se construire quelque chose de profond et de solide.
Comment ne pas rentrer dans le jeu de l’ennemi qui veut démolir ? Le Christ invite à ne pas multiplier la violence, à ne pas devenir comme celui qui détruit et fait du mal. Si je fais comme celui-ci, c’est lui que je regarde et non pas Dieu. Comment faire entendre à l’autre que son comportement est inadmissible ? En s’engageant pleinement dans la rencontre, souvent sur son terrain. Le commerce équitable en est un bel exemple ! Mais aussi, les militants du Nid qui luttent contre la prostitution et font savoir par leur action, leur présence que la marchandisation du corps de l’autre est un mensonge.
L’amour des ennemis ouvre à l’inattendu : les chrétiens ont foi en une parcelle d’amour de Dieu enfouie en chacun, parfois très loin. Ils veulent se situer à cet endroit : la rencontre entre Jean Valjean, forçat « irrécupérable » et l’évêque qui croit en lui et lui donne sa chance en est une image emblématique.
L’amour des ennemis ne donne aucune recette : c’est une injonction. Chacun doit inventer sa forme, proposer quelque chose là où il n’y a, à priori, rien de bon. Cet amour en appelle à la profondeur de l’autre : croire que Dieu se donne pour ce qui ne va pas. « Dieu, bon pour les ingrats et les méchants » (Lc6, 35) n’est pas une bénédiction d’actes mauvais mais s’entend comme l’appel pour le chrétien à chercher cette marque divine au fond de chacun.
Que pouvons-nous tirer d’une telle attitude ? D’être « fils et filles du Très Haut ». Ce vocabulaire biblique parle de liberté, d’audace, de sérénité, d’amour ! Dieu nous aime alors qu’on n’est pas comme Lui, Il propose également de faire alliance avec ce qui n’est pas comme soi…Le chrétien se sait aimé. Ca lui donne des ailes et lui permet d’ouvrir les yeux sur la misère du monde. Mais sa plus grande récompense est de vivre en familiarité avec Dieu, et ça dépasse tout !...

Christine Gilbert (La croix, 2 et 3 janvier 2010)
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