Quelle autorité pour la parole papale ?

Publié le par CCIT

Il y a un an, Benoît XVI a levé l’excommunication de quatre évêques intégristes et s’est exprimé sur le sida. Ces interventions ont suscité un vif débat chez les catholiques. Mais quel est le degré d’autorité de la parole du pape ? Est-il toujours infaillible ? Réponses avec l’aide de deux théologiens, le P. Rémi Chéno, de l’Université catholique d’Angers, et le P. Jean-François Chiron, de l’Université catholique de Lyon

http://www.pelerin.info/mm/illustrations/Multimedia/Pelerin/2009/actualite/pape_450.jpg

Pie IX, pape de 1846 à 1878, a fait voter le dogme de l’infaillibilité pontificale à vatican I


 Le pape est-il toujours infaillible ?

Non. Benoît XVI, à l’image de ses prédécesseurs, en est lui-même pleinement conscient et le rappelle volontiers en certaines occasions. À chaque fois qu’il prend la plume – ou la parole –, il mesure bien le degré d’autorité de son propos. L’infaillibilité pontificale « absolue » relève donc du mythe. Une inexactitude bien commode, brandie paradoxalement par deux « camps » opposés : ceux qui accu- sent l’Église de dogmatisme ou, tout au contraire, ceux qui voudraient éviter toute réflexion critique sur les interventions du pape.

En réalité, c’est d’abord l’Église dans son ensemble qui est considérée comme infaillible, comme l’a rappelé le concile Vatican II dans la constitution dogmatique, Lumen gentium (1964). L’Église comme « peuple de Dieu » inspiré par l’Esprit-Saint ne peut donc se tromper dans la foi, même si des chrétiens pris isolément – y compris des évêques ! – peuvent bien sûr se tromper. Cette infaillibilité de l’Église a besoin de porte-parole pour enseigner la vérité de l’Évangile. C’est le rôle du pape mais aussi des évêques qui, lorsqu’ils se réunissent et se mettent d’accord pour enseigner une vérité de l’Évangile, le font sans risque d’erreur.

Concernant le pape lui-même, son infaillibilité ne fut définie comme un dogme qu’en 1870. Cette dernière est strictement délimitée puisqu’elle ne s’applique qu’à « la doctrine en matière de foi et de mœurs » et à condition que le pape parle ex cathedra, c’est-à-dire depuis la chaire de Pierre. Cela n’est arrivé qu’une seule fois, pour la proclamation du dogme de l’Assomption de Marie, par Pie XII, en 1950. Toutefois, il est admis que la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception, en 1854, relève de la même infaillibilité.

Quels sont les différents degrés d’autorité de la parole du pape ?

C’est une question complexe. Le motu proprio Ad tuendam fidem de Jean-Paul II, en 1998, précise qu’il existe trois niveaux différents :

- ce qui relève de la Vérité divinement révélée : cela vaut pour les dogmes comme l’Assomption mais aussi pour le Credo de l’Église et les grandes constitutions dogmatiques des conciles. Cette vérité requiert l’adhésion de la foi ;

-ce qui relève de l’enseignement définitif de l’Église, lié d’une façon ou d’une autre à la Révélation divine. Par exemple, le fait que l’Église n’ait pas le pouvoir d’ordonner des femmes (Lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis de Jean-Paul II en 1994) ;

– ce qui relève de l’enseignement authentique et courant de l’Église, et qui peut être réformé. Le pape écrit parfois des textes à titre personnel, qui n’entrent alors dans aucune de ces catégories. C’est le cas du livre Jésus de Nazareth (2007), de Benoît XVI, qu’il a signé Joseph Ratzinger pour bien signifier qu’il ne s’agissait pas d’une parole magistérielle. Ces documents n’exigent pas l’adhésion des fidèles.

Notons qu’il est difficile de ranger tous les documents signés par le pape dans l’une de ces trois catégories. Ainsi, une encyclique, dotée en tant que telle d’une autorité importante, peut contenir des enseignements appartenant

 

Retrouvez l'intégralité de ce dossier dans Pèlerin n°6634 du 21 janvier 2010

Publié dans Actu de l'Eglise

Commenter cet article