Un cœur pour chercher Dieu ?

Publié le par CCIT



Dans le langage habituel, un « problème de cœur » n’est pas seulement un souci cardiaque… Le mot cœur est associé à la vie affective, aux sentiments, à l’amour. Quelqu’un qui n’a « pas de cœur » est dur, froid, insensible. Un autre qui a « bon cœur » est généreux et ouvert aux autres. La bible, elle, emploie le mot plus de 1000 fois et en donne un sens beaucoup plus large : le cœur de l’Homme est le centre de toute sa personnalité, le lieu de son intelligence et de sa liberté, de son affectivité et son intériorité, de sa mémoire et de ses projets. « Revenir à Dieu de tout son cœur » (Jr29, 13) c’est se tourner résolument vers Lui, de tout être, dans les événements petits ou grands qui font l’existence de chacun.

Dans le livre de l’Exode, Pharaon est une figure d’endurcissement du cœur. Son intelligence est obscurcie : il ne voit et n’écoute plus rien, il ne veut pas laisser partir Moïse et le peuple. Il se centre sur lui-même, il refuse la relation à Dieu où se dit la vérité de son être. Dieu ne peut rien faire, il le laisse à son obstination, à son cœur endurci…
L’être humain est appelé à revenir à sa relation avec Dieu ou à la réinterroger. Il peut alors comprendre ce qui lui arrive et conduire sa vie en vérité. Son cœur, le plus intime et le plus personnel de lui-même, lui fait chercher Dieu. Celui-ci se laisse trouver, à travers douleurs ou bonheurs de la vie. Tout peut être sujet d’échanges avec Dieu !
 
Jésus se sert d’un exemple pour inviter ses auditeurs à utiliser les événements de leur vie comme objets de relation avec Dieu, sous peine d’aller à leur perte. Les habitants de Siloé qui ont été écrasés par la chute de la tour n’étaient pas plus coupables que les autres (Lc13, 4). On pourrait dire la même chose des victimes du tremblement de terre en Haïti ! Jésus raconte cette histoire pour inviter ses disciples à se questionner intelligemment, à se servir de la vie pour revenir à l’essentiel, à savoir où est vraiment l’important. Le disciple se met ainsi dans une attitude semblable à celle de scientifiques qui s’appuient sur ce qu’ils savent déjà pour aller plus loin, pour approfondir leurs connaissances, pour découvrir ce qu’ils ne savent pas encore. Le disciple est dans une attitude humble : il sait qu’il ne sait pas tout et qu’il a, en Dieu, un répondant. A partir de sa vie, de ses échecs, il a la possibilité de faire une expérience de conversion, c'est-à-dire de changer ses façons de vivre, son rapport aux autres et à Dieu. Il remet tout à plat, il regarde ce qui est en jeu. Personne ne peut faire ces découvertes à sa place, chacun les fait dans son corps. Quand Jésus dit qu’Abraham a vu son jour (Jn8, 56), il parle de cette expérience de découverte du Christ faite par chacun dans sa vie et ses expériences.

Dieu promet à son peuple de lui donner un cœur nouveau, un cœur de chair à la place d’un cœur de pierre. Par là, il vient réaliser lui-même une alliance unique et définitive, scellée en Jésus Christ. Encore faut-il que le peuple le laisse faire.

Par Christine Gilbert, La Croix, 27 & 28 février 2010

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